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MIROIR

13 L’Arcane sans nom, Tarot de Charles VI

4 L’Empereur, Tarot de Charles VI

22 L’Arcane sans nombre, Tarot de Charles VI

Le fou est un « corps réfléchissant » (0 = 22 = 2 + 2 = 4) dans lequel le prince (4 l’empereur du tarot), à tout moment peut contempler son image » ou plus exactement « sa contrefaçon grotesque ».

Incarnation de la mort (13= 1+3= 4) du « principe conservateur » en face duquel il figure le principe de désintégration »… Le bouffon se présente comme le dissolvant naturel du pouvoir royal.

Grand Calendrier et Compost des Bergers

Le Fou du roi

Au cours du chapitre qu’il consacre à l’étude de l’homme des bois de Thiers, Fulcanelli évoque une gravure sur bois du Grand Calendrier et Compost des Bergers de nombreuses fois publié dès le début de l’imprimerie. Le centre de la composition est occupé par un squelette debout, entouré de planètes dont les noms sont inscrits sur des phylactères.

Entre les os des jambes est figuré un fou de cour, genou en terre, désignant de l’index la marotte qu’il tient dans sa main gauche.

Bien que le nom Mercure, comme celui des autres astres, soit figuré à côté d’une étoile, en correspondance avec la partie du corps sur laquelle il est censé dominer, l’Adepte a toutes les raisons de voir dans le fou une figuration du mercure des sages, qui n’est à confondre ni avec le métal planétaire ni avec la planète du même nom.

« A la découverte de l’alchimie. » Bernard Roger. Editions Dangles. p. 244

« Chaque instant de quête est un instant de rencontre. »

L’alchimie véritable commence par la quête de l’instant d’inspiration, elle s’adresse aux fous, aux petits enfants, à ceux qui sauront naître une seconde fois. (Ce qui revient à savoir mourir à la logique des hommes pour naître à celle de l’esprit.)

La sagesse de Dieu n’est elle pas folie aux yeux des hommes et la sagesse des hommes n’est elle pas folie aux yeux de Dieu, tel est le commencement du programme de tout Alchimiste, devenir la carte sans nombre, le fou en quête d’inspiration.

Si notre Fou se met en quête de rencontrer sa part d’esprit, soit de s’ouvrir à celle du monde, il s’inscrit dans une tradition de Foliage dont les traces se perdent dans l’antiquité.

« La présence de bouffons à la cour des monarques remonte incontestablement à une haute Antiquité. On a souvent cité l’aventure de David simulant la folie pour échapper à la colère d’Akhish, roi de Gat :

« Il gesticule près des battants de la porte
il fait descendre sa salive sur sa barbe.

Akhish dit à ses serviteurs : Voici, vous le voyez, cet homme est fou ! Pourquoi l’avez-vous fait venir à moi ? Est-ce que je manque de fous, moi,
Pour que vous ayez fait venir celui-là faire le fou contre moi ? » Samuel I, 21, 14, 16

Dans son Éloge de la folie, Érasme soulignait l’importance qu’avaient pris de son temps les bouffons auprès des rois : « Les plus grands rois les goûtent si fort que plus d’un, sans eux, ne saurait se mettre à table ou faire un pas, ni se passer d’eux pendant une heure.

Ils prisent les fous plus que les sages austères, qu’ils ont l’habitude d’entretenir par ostentation…

Les bouffons, eux, procurent ce que les princes recherchent partout et à tout prix : l’amusement, le sourire, l’éclat de rire, le plaisir. »

Peut-on croire cependant que le seul rôle de pitre eût suffit à leur donner une telle place auprès des souverains ?

Erasme en suggère un autre lorsqu’il ajoute qu’ils « sont francs et véridiques » : celui de révélateur.

C’est sur cet aspect de la fonction du bouffon qu’insiste Maurice Lever dans son livre excellent, le sceptre et la Marotte, lorsqu’il reconnaît dans la personne du fou un « corps réfléchissant… dans lequel le prince, à tout moment peut contempler son image » ou plus exactement « sa contrefaçon grotesque ».

Pablo Picasso, Paul en Arlequin, 1924

Pablo Picasso, « Arlequin au miroir ».

Pablo Picasso, Arlequin Assis 1905

Incarnation de la mort du « principe conservateur » en face duquel il figure le « principe de désintégration », le bouffon se présente comme le dissolvant naturel du pouvoir royal ; c’est précisément ici que sa fonction est analogue à celle du fou de l’alchimie traditionnelle, synonyme de l’allégorique fontaine de Bernard le Trévisan dans laquelle le roi se dépouille de tous ses vêtements et se trouve tellement rajeuni que désormais « il n’y a homme qui puisse le vaincre »…

Cette eau, comme celle de la fontaine du Trévisan, désigne le dissolvant universel que les alchimistes ont nommé le fou du Grand Œuvre et dont une réplique se trouve, au niveau de réalité qui lui est propre, dans la personne du bouffon des souverains. Pour mieux sentir cette analogie profonde dans des domaines apparemment aussi éloignés l’un de l’autre que l’alchimie et l’art de régner, rappelons-nous les origines du premier bouffon légendaire, Momus, Mômos en grec.

Mômos est l’un des enfants de la nuit, fille de la « profondeur béante » ou chaos de la Théogonie d’Hésiode. « Nuit enfanta l’odieux Moros, et la noire Kère, et Thanathos. Elle enfanta Hypnos et avec lui toute la race des Songes, elle les enfanta sans coucher avec personne, Nuit la ténébreuse. Puis elle enfanta Mômos et Détresse la douloureuse, et les Hespérides (Hésiode : Théogonie (211 à 215))…

Moros, Kère et Thanatos étant trois personnifications de la mort et Hypnos celle du sommeil, Mômos, généralement traduit par « sarcasme » et « raillerie », et né du même sein que ces deux entités ; mais s’il est frère aussi de la Détresse, il est encore celui des vierges Hespérides qui gardent les pommes d’or de leur jardin au pays du couchant.

Les facéties de Mômos n’étaient pas très appréciées des très sérieux habitants de l’Olympe.

Il fut pourtant conseiller de Zeus, auquel il souffla l’ingénieuse idée, afin de faire diminuer le nombre des hommes que le maître des dieux s’inquiétait de voir envahir la terre, de donner Thétis en mariage à un mortel et d’engendrer la belle Hélène, séduisant enjeu du plus illustre massacre de l’épopée méditerranéenne.

Mais lorsqu’il se mit à railler le taureau crée par Neptune, dont les cornes, disait-il, auraient dû être devant les yeux, la maison de Minerve trop lourde pour être transportée lorsqu’on avait un mauvais voisin, l’homme de Vulcain mal conçu parce qu’il lui manquait au cœur une petite fenêtre où l’on pût voir ses pensées les plus secrètes, la docte assemblée du ciel se fâcha et le pria d’aller follier ailleurs.

Pablo Picasso famille d'acrobates
Pablo Picasso - Les acrobates

C’est alors qu’il se réfugia dans la cour du seul souverain capable de le comprendre, Dionysos, dont il vint enrichir le joyeux cortège.

« Ils m’ont banni des cieux », lui fait dire à Bacchus un académicien du temps de Louis XIV, « et le maître des cieux

Veut jouir en paix de ses vices.

Souffre que sur tes pas à jamais je m’engage,

Et que du nectar que je perds

Ton vin charmant me dédommage. (Lamotte-Houdar.)

Fils de la nuit, frère de la Mort, dérision des immortels, Mômos était un parfait compagnon pour le seul parmi les dieux qui eût été atteint de folie, le seul qui ait subi, selon le mythe orphique, la destruction de son corps et connu la renaissance. Dérision des rois, le bouffon lointain descendant de Mômos, garde le souverain contre le délire rationnel du pouvoir parce qu’il le met en communication avec la Nuit d’où sortirent, selon Hésiode, « Ether et la Lumière du Jour ».

Dissolvant du soufre et miroir de son royaume, le « fou » provoque la mort du souverain du Grand Œuvre et lui assure, dans une naissance nouvelle, la jeunesse et la force qu’il puise dans les eaux de l’abîme.

« A la découverte de l’alchimie. » Bernard Roger. Editions Dangles. p. 250

LA LIVRÉE D’HERMÈS

CHAPITRE II

GANIMED

par Anibal Amiot

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CRÉDITS

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CONCEPTEUR WEB

www.freddymotion.com

Freddy Lavaury

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REMERCIEMENTS

Marie-Laure Pannier

Alexandre Tissot